A Paris aussi on rêve !
J'ai beaucoup de chance d'être née à Paris, d'une famille de parisiens: quand je voyage tout le monde
est gentil avec moi, tout le monde est content d'avoir une amie parisienne !
J'habite donc la ville qui fait rêver les cinq continents, le pays qui reçoit chaque année le plus
grand nombre de touristes au monde (70 millions en 2000, alors qu'il n'y a que 60 millions d'habitants
en France).
Dans les années 60, les touristes qu'on rencontrait à Paris étaient presque tous états-uniens, ou
anglais. Peu à peu on a vu des japonais, des européens du sud. Puis des saoudiens et ensuite des
russes. A présent les touristes viennent du monde entier. Des chinois, des sud-africains, des polonais,
des indiens, des coréens, des ukrainiens, des argentins, des brésiliens, des neozélandais, des colombiens, des nigériens, des équatoriens, et aussi beaucoup de mexicains. Il y a même des canadiens qui ressemblent à des africains, des brésiliens qui ressemblent à des japonais, et des anglais qui ressemblent à des indiens!
Vu de Paris on a donc l'impression que maintenant le monde entier peut venir admirer notre
Tour Eiffel. Mais bien sûr c'est faux. La frontière n'est plus physique, ni administrative, elle est
économique. Ce qu'on peut constater à Paris, c'est que désormais il y a beaucoup de riches aussi
dans le 3ème monde. Et de plus en plus de pauvres, dans les 2 mondes.
Où est la frontière entre le 1er et le 3ème monde ?
Entre Tijuana et San Diego : la plus emblématique des frontières physiques entre le 3ème et le
1er monde. Au nord comme au sud de la frontière, il y des pauvres qui voudraient bien voir les
autres mondes, mais qui ne pourront jamais payer le billet d'avion. Alors il regardent la télé pour rêver
qu'un jour... Mais comme écoles et télés n'enseignent au pauvres ce que les pauvres doivent continuer de
croire pour que les riches continuent d'être riches et d'en profiter en s'amusant bien, les pauvres
resteront longtemps devant la télé.
Supprimer la frontière économique?
Il y a des pauvres qui prient les dieux pour bénéficier d'un miracle, d'autres pauvres qui
croisent les doigts pour gagner à la loterie nationale : mais ils savent qu'ils rêvent, qu'ils
ne pourront pas tous devenir riches.
Il y a des grands privilégiés. En général ils n'ont pas le temps d'y penser
parce qu'ils se dépêchent d'en profiter. Ils ont chargé les privilégiés les plus connus de
s'en occuper: ainsi des responsables politiques, des décideurs économiques, des grands intellectuels
et des artistes de réputation internationale se rencontrent sans cesse dans tous les palaces de la
planète, depuis des dizaines d'années, pour chercher des solutions. Les résultats tardent à venir. Peut-être
le champagne qu'on sert lors de ces rencontres ne les fait-il pas suffisamment rêver ?
Entre les vraiment pauvres et les vraiment riches ils y a ceux qui font tourner la "machine
économique globale", qui ne fonctionne qu'en créant plus de frontières, plus de déchets, plus de
frustrations, plus de mensonges pour la télé. Cette classe moyenne mondiale rêve de faire partie des
grands privilégiés, et vit dans la peur de se retrouver un jour parmi les pauvres. Tout changement
présente un risque pour eux, alors ils ne sont pas pressés de voir disparaître les frontières.
Heureusement, en marge de chaque société sur chaque continent, il y aussi des individus bizarres
qui n'ont pas besoin de regarder la télé pour rêver. Ils ont commencé à jeter des milliards de petits
ponts au-delà des frontières de toutes sortes. Quelques uns vont se rencontrer à Tijuana pour le
Borderhack 2001.
En français on dit que tous les rêves peuvent se réaliser. Je souhaite à tous les participants
de faire de beaux rêves. Et je rêve d'être moi-même à Tijuana l'année prochaine pour le Borderhack 2002!
pascale
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