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installation dans la mobilité
00 Introduction
L'effondrement des régimes communistes
dans les pays d'Europe centrale et orientale a conduit, entre autres phénomènes,
à donner une visibilité à des mouvements de circulation
migratoire différents de ceux d'avant 1989 qui étaient pour
leur part ancrés dans une longue tradition d'émigration sans
possibilité de retour.
Les migrations définitives sont devenues rares, tandis que le va-et-vient
est bien plus important qu'avant. Ces nomadismes n'ont, en effet, pas de
précédents ; ils sont le résultat d'une rupture politique
d'envergure conduisant à déconstruire un modèle économique
étatisé et généralisé à l'échelle
d'un continent géopolitique. D'une manière générale
les ressortissants des pays de l'Europe de l'Est, et parmi eux les acteurs
même de cette étude, les paysans roumains d'Oas, anticipent
l'élargissement de l'Union européenne.
Ils s'installent dans la mobilité avec un projet de
départ qui est, en fait, un projet temporaire et de retour.
Ce type de projet de migration alternative induit une nouvelle figure de
migrant et une nouvelle dynamique où la mobilité et les échanges
de détail, personnalisés et temporaires jouent un grand rôle
dans les stratégies des acteurs.
Dans cette étude, il ne s'agit
pas, en effet, d'appréhender les flux migratoires entre la Roumanie
et la France, mais, par l'approche micro-sociale d'une petite région,
le pays d'Oas, de comprendre les raisons qui conduisent les Oseni à
venir en France, puis à revenir dans leur pays, à intervalles
réguliers, le temps de " faire une saison ".
Si la demande sociale, objet de ce contrat, était de comprendre les raisons des
départs, au fil de la recherche, la question inverse s'est révélée
tout aussi pertinente: pourquoi les Oseni sont-ils obsédés par le retour ; pourquoi ne restent-ils
pas en France?
Répondre à ces questions supposait que soient privilégiées
l'approche qualitative et l'observation de terrain, en Roumanie comme en
France, afin de participer à l'univers des deux mondes des acteurs.
On a donc procédé par entretiens, en donnant la parole à
deux groupes : les nomades et les notables, les premiers voyageant, les
seconds sédentaires.
À ces entretiens, viennent s'ajouter une présentation du système
de vente des journaux des rues, et des fragments de corpus et d'observations
qui viennent valider ou nuancer les propos des interlocuteurs. Pour autant
la singularité de la région et l'échantillon restreint
d'entretiens interdisent toute généralisation des éléments
de cette recherche. Il s'agit de présenter un cas de figure parmi
d'autres types de circulation de Roumains en France, tout en sachant qu'en
l'absence d'études régionales comparées sur ce sujet,
le cas des migrations à partir du pays d'Oas peut apparaître
surévalué ou par trop singulier. Toutefois, l'étude
de ce cas devrait introduire à une réflexion sur les nouvelles
circulations européennes, à une conceptualisation renouvelée,
impliquant de nouveaux outils d'appréhension du phénomène.
La logique du plan de ce résumé
est guidée par le souci de mettre à jour les raisons, les
modalités, puis les bénéfices de ces allers-retours
en France, pour, en conclusion, tenter de décrire ces nouvelles figures
de migrants. |