installation dans la mobilité 01 Le Pays d'Oas

Situé dans une dépression au nord-est de la Roumanie, en Transylvanie, à la frontière avec l'Ukraine, dans le département de Satu-Mare, le pays d'Oas (en français prononcer Oach) est une zone semi-montagneuse à couverture boisée, bordée au sud et à l'ouest par la plaine de Tissa et de Somes.
Protégée par des montagnes volcaniques, la dépression d'Oas jouit d'un climat tempéré doux, aux abondantes précipitations, donnant naissance à une végétation composée de forêts de hêtres, de chênes, et de rouvres, qui, après défrichements, ont été peu à peu remplacées par des vergers d'arbres fruitiers, par des cultures agricoles et des prairies. Toutefois, la faible qualité des terres ne permet pas de pratiquer une agriculture viable.
Pour un regard étranger, le paysage est morne, d'une extrême banalité, trait qui le rend, dès lors, attachant, tant est visible que le pays d'Oas introduit l'observateur à la Roumanie profonde.

De façon plus autorisée, et selon Gheorghe Focsa, géographe et ethnologue, la population d'Oas serait venue de la région voisine du Maramures, comme l'atteste une lettre datant de 1854 : " la commune de Certeze est donnée à la ville de Baia Mare en 1329 ", lettre signée par Ludovic le Grand, roi de Hongrie, en 1347.
Quoi qu'il en soit de sa profondeur historique et de son image de légende, le pays d'Oas existe en raison du sentiment d'appartenance des habitants à une même région. En effet, il ne désigne pas un découpage administratif précis.
        Globalement, cet espace de forme circulaire s'étend sur 614 kilomètres carrés, et se structure autour de onze villages, avec pour pôle d'attraction la ville de Negresti. Selon les statistiques disponibles, ce " pays " totalise environ 70.000 habitants. Si l'on compare, avec toutes les précautions d'usage, les données des recensements de 1992 et de 1996, on observe un léger déclin démographique avec une plus grande érosion de la population masculine. La structure de la population active montre qu'à l'exception de Negresti, de Vama et de Bixad, les deux tiers des activités relèvent de l'agriculture, en sorte que le pays d'Oas et notamment Certeze, sont à dominante agricole. Très différent du sud et de l'ouest de la Roumanie, le Pays d'Oas est caractérisé par un morcellement de la propriété, puisque les surfaces cultivables se situent dans une fourchette de 0,2 à 6 hectares, parcelles de surcroît dispersées. Ce morcellement induit un type d'agriculture familiale de subsistance, fondé sur l'attachement au patrimoine foncier et sur les besoins alimentaires. Seuls 0,3% des agriculteurs déclarent avoir accès au marché.
Différentes études relatent les travaux traditionnels du pays d'Oas : la cueillette de plantes pour l'alimentation, à usage médicinal et pour les teintures ; l'élevage des moutons et la production d'alcool (l'eau de feu : " palinca " ou " horinca "), le commerce (système d'échanges traditionnels de produits dans le cadre des foires), le travail dans la forêt en alternance avec le cycle des travaux agricoles. Si les besoins primaires sont couverts par les activités agricoles, les besoins en argent ne peuvent provenir que d'emplois salariés complémentaires dans les petites entreprises environnantes: or, ces dernières ne peuvent à elles seules absorber la main d'uvre locale. Les traditions populaires, la religion, les manières d'habiter, si elles sont communes aux Oseni, sont également des manières de se distinguer entre eux. L'habitat, hormis un nombre réduit de HLM à Negresti, est rural, étroitement lié à la propriété terrienne. Sauf quelques rares exceptions, chaque famille a son jardin potager autour de la maison. Le type et le style des maisons s'inscrivent dans le patrimoine culturel régional, à l'exception des maisons en construction, marquées par un style architectural nouveau3. De la même manière, les Oseni ont su conserver certains rituels : les chants, les danses, les costumes régionaux font partie des fêtes religieuses ou familiales, dans lesquelles les plats traditionnels, telle la polenta de maïs avec du fromage de chèvre et des lardons, sont servis et circulent, amplement arrosés de "palinca ", un alcool fort, renommé, fait de prune, de cerise ou de poire.

Cette région constitue également un cas spécifique puisqu'elle a échappé à la collectivisation, de sorte que le maintien du droit de propriété individuel a favorisé un certain accès marginal à des marchés agricoles " libres ", à caractère formel ou informel. Ainsi, depuis la seconde guerre mondiale, peu de choses ont changé, et le pays d'Oas reste, à certains égards, une sorte de conservatoire des traditions, marqué, cependant, par un retour au religieux, avec une reprise de la confession uniate, majoritaire avant l'instauration du communiste. Cette religion coexiste, à présent, avec des cultes néo-protestants (pentecôtiste, baptiste, adventiste).
      Toutefois, les traits géographiques et historiques qui " font " le pays d'Oas, ses traditions et sa culture, donnent, certes, aux Oseni un sentiment d'appartenance, sans toutefois effacer l'originalité de chaque village. Le clivage entre " eux " et " nous " se recompose au gré des mises en comparaison à fondements ethniques et religieux, comme en témoigne cet extrait d'un entretien donnant une des versions indigènes de la définition du pays d'Oas:
      " Le pays d'Oas est là où se trouvent les Oseni. D'abord, c'est la capitale Negresti avec le village Satelit, peu connu, Tur, ensuite c'est Certeze puisque c'est le plus pur village, ici nous ne sommes que des Oseni. Certeze c'est en fait une commune, les villages Moiseni et Huta appartiennent à Certeze. Moiseni c'est toujours un village propre. Huta est devenu "osenesc", puisqu' à la base c'est un village avec des colonies slovaques mais qui se sont mélangées et finalement assimilées à notre population, seulement ils sont restés catholiques, et non pas orthodoxes comme nous, du reste ils ont appris à s'habiller et ils ont les mêmes coutumes que nous aujourd'hui. Bixad, c'est une autre grande commune, ils nous ressemblent; seulement ils se sont spécialisés dans des travaux saisonniers différents. Nous avons pris les défrichements et les gens de Bixad les travaux d'équipement à grande tension électrique, disons comme pour EDF, ici, en France. Parfois, ils font aussi la peinture des bateaux à Constanta, ou dans d'autres ensembles industriels. Les villages Trip et Trip Bai et Boinesti, là où se trouve la plus vieille cité dace, sont liés à Bixad. Sur la même route, nous arrivons à Camarzana, toujours des Oseni purs. Ici les gens ont vécu du commerce avec les noix, et surtout avec la "palinca", notre alcool. Même sous Ceausescu, ils ont eu une dizaine de "palicaririi" , ils sont entre nous aussi les plus agressifs; aucune fête sans qu'ils ne commencent à se battre . De l'autre côté, on a la commune de Tarsolt avec le village Aliceni , ensuite Calinesti-Oas avec Lechinta, Coca, Pasunea Mare. La commune Gherta Mica est renommée à cause des enfants, les plus nombreux. Puis Turt avec les villages Gherta Mare et Turt Bai, là où sont les eaux balnéaires.
    Turt, c'est une commune importante et riche, elle a une mine d'or, et une très bonne palinca de cerise. Les villages Colausa et Sirlau appartiennent à Batarci. Ensuite, reste la commune Orasu Nou qui n'est pas un village osenesc mais hongrois, par contre les villages de Racsa et de Prilog sont des anciens villages avec oseni. A Tarna Mare, la population est mélangée , mais les Oseni dominent. Mais Valea Seaca et Bocicau affiliés à Tarna Mare sont 100% Oseni. Halmeu n'est pas considéré comme un village d'Oas et pourtant, dans les dernières années il en fait partie. Là bas, le terrain agricole est d'une très bonne qualité, et des Oseni de Sirlau, Comlaus, Batarci ont acheté des maisons et de très bonnes terres pour les cultures de fraises; c'était une affaire excellente même sous Ceausescu. Reste la commune Vama, tout près de Negresti. Même s'il est inscrit dans le pays d'Oas, je dis que ce n'est pas un village d'Oas, puisque les habitants se sont mélangés avec des hongrois et ils ne s'habillent pas comme nous dans notre costume traditionnel; ils ne tiennent pas les fêtes comme nous, ils préfèrent différentes sectes religieuses pour partir aux États Unis, même sous Ceausescu, ils ont réussi à partir; là, à Chicago, ils sont des centaines... ".
        Cette identification ethno-centriste des habitants du Pays d'Oas à leur région est loin d'être le seul résultat de l'héritage, car elle se présente tout autant comme le produit d'une intelligence adaptative, sans cesse capable d'intégrer et de maîtriser les apports et les aléas du temps présent. Plus encore, le sentiment d'appartenance au pays d'Oas s'est consolidé après la chute du régime communiste, bridé qu'il était par la pédagogie de la fabrication de l'homme nouveau, en Oas comme dans d'autres régions, marquées par le rejet du " système précédent qui, pour exister en tant que tel, avait trop largement fait fi du besoin d'identité propre à chaque groupe social ". Ce renouveau des " pays " portent certains à faire du pays d'Oas, un pays à part entière, même si ce trait est traduit sous forme de boutade: " Il faudra bientôt un visa pour entrer dans le pays d'Oas ".

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