installation dans la mobilité 03 L'installation dans la mobilité Les quelques repères géographiques et historiques caractérisant le pays d'Oas et le village de Certeze donnent déjà quelques indications sur les raisons de départ des villageois de leur région. Les raisons du nomadisme actuel s'inscrivent dans une longue histoire de recherche du travail, puisque les conditions pédologiques des terres de Certeze ne permettent pas, et n'ont jamais permis de vivre de l'agriculture. ![]() La mobilité est, en effet, un fait structurel
de cette région, produit d'une longue habitude historique. L'élevage
ovin et le travail forestier ont été deux occupations principales
et traditionnelles de cette population. La pratique de la transhumance,
comprise comme nomadisme de proximité, les travaux forestiers et
le défrichage constituent le creuset de conduites migratoires de
plus grande amplitude. La majorité des entretiens effectués
décrivent ces incessants déplacements, notamment dans les
années 1950-1989, période de drainage et de défrichements
dans de nombreuses régions roumaines.
La même logique est alors à l'oeuvre,
qui reprend des arguments redondants : on ne peut faire vivre une famille
avec le seul travail agricole, et le village n'étant pas collectivisé,
les hommes, par l'intermédiaire de lointaines connaissances, sont
embauchés comme chefs d'équipe, et, à leur tour, font
Jusqu'en 1994, suivant les entretiens, on constate
alors, une division sexuelle du travail et des destinations : les femmes
vont plus en Turquie, Pologne et en Ukraine pour le commerce dit de valise,
quand les hommes vont en Yougoslavie, en Hongrie pour des travaux de force
dans le bâtiment ou dans le terrassement. La matrice de ce nomadisme
du proche au lointain est à rechercher, on l'a déjà
mentionné, dans la nature mobile du travail de ces " Holtzbauern
" d'Oas, à la fois bergers et forestiers, métiers supposant
un absentéisme villageois saisonnier qui façonne, dès
l'enfance, la prédisposition aux départs et aux retours.En outre, si l'on inculque, à Certeze, dès la prime enfance, le culte de l'argent, on inculque parallèlement aux enfants le moyen d'en gagner. Aussi, les parents emmènent-ils très tôt leurs enfants dans leurs périples roumains ou internationaux, leur transmettant ainsi le goût de la mobilité. Sans obstacles, les populations des pays de Visegrad intègrent définitivement la libre circulation, alors que les candidats à la mobilité de l'autre Europe de l'Est, empruntent les voies et les pratiques de circulation de la catégorie des "pays sur la liste noire", dont la visibilité domine dans les fichier de délivrance des visas ou dans les statistiques des clandestins et des demandeurs d'asile politique. Tous les moyens sont bons, mais encore faut-il les
repérer, les tester, les mettre en pratique. A nous de restituer
le sommaire. Ces frontières virtuelles et ubiquitaires favorisent les catégories déjà installées dans les réseaux transnationaux. Les Roumains qui souhaitent voyager à l'étranger doivent faire preuve d'une attestation d'accueil, donc d'un contact personnel à l'étranger ou d'un relai institutionnel qui justifie leur présence en France. Pour l'année 1998 le Consulat français à Bucarest a délivré 55.575 visas d'entré en France et 1.271 visas de long séjour. C'est une participation aux échanges touristiques et commerciaux ( ou au stages de formation etc.) selon le Consul de l'Ambassade de France à Bucarest plutôt modeste. Les explications sont à chercher dans pouvoir économique des Roumains qui sont à court d'argent dans l'actuel periode de la transition. Toutefois, analysant les conditions de sélection des candidats a l'obtention d'un visa, la participation des Roumains reste limitée, aussi en raison d'un faible réseau transnational. Dès lors, dans les conditions d'un régime de circulation très restrictif, des nouvelles stratégies se mettent en place visant à tirer parti des points faibles du système, ou à s'engouffrer dans ses zones lacunaires. À la légalité aléatoire et à la visibilité informatique, les Oseni vont substituer la clandestinité avérée et l'invisibilité passe-muraille. Pour ce faire, ils vont pratiquer de façon systématique la ruse et le détour. Les agences de tourisme roumaines constituent un canal légal, mais détourné de ses fonctions. Les sociétés commerciales du pays d'Oas sont, également, à l'origine de " laissez passer " en Autriche, car jusqu'en 1994, l'Autriche acceptait les entrées sur son territoire sans obligation de visa pour les détenteurs d'un passeport de service; or l'État roumain délivrait des passeports de service aux responsables des sociétés, conduisant à une inflation de sociétés fictives, dirigées par des patrons effectuant la " navette " entre Oas et l'Autriche. Cependant, la résiliation de l'accord entre la Roumanie et l'Autriche concernant le régime des passeports de service a généré, d'une part, une population de faux immigrés en Autriche, en provenance de Bixad, Camarzana, Lechinta, et d'autre part, une réorientation des flux vers l'Oder pour entrer dans l'espace Schengen. Lorsque sont épuisées tous les formules légales - visas, voyage touristique, passeport de service - et en raison de la force d' attraction de l'argent, ils leur faut se résoudre à entrer en clandestinité.
Ukraine-Pologne-Allemagne-France (le plus fréquenté); Hongrie- Tchéquie-Allemagne -France Hongrie-Autriche-Allemagne-France ; Hongrie-Autriche-Italie-France ; Hongrie- Slovénie- Italie-France (rarement) ; Bulgarie- Grèce -Italie- France (rarement) La France, pays de destination, peut devenir, à son tour, une plaque tournante pour partir au Canada, aux U.S.A., en Espagne, en Irlande, en Angleterre, ou gagner l'Italie et la Belgique.Ces trajets, reconstruits à posteriori, supposent d'abord que les Oseni parviennent aux frontières successives, et s'orientent dans un de dédale de signes, qui quelquefois n'ont de sens que pour eux. L'entrée en clandestinité n'est pas
le résultat d'une stratégie réfléchie à
l'avance et mûrement mise au point. Chacun sait qu'il doit partir,
mais les modalités sont encore incertaines, fonction des opportunités
du moment, et l'opportunité joue dès la décision de
départ. Cette dernière est parfois soudaine, et prend quelques
heures, comme dans le cas de ce grand-père et de son petit-fils qui,
posant là leurs outils de travail, partent sur le champ, sans plus
attendre : " Un matin nous sommes partis dans la forêt apporter
du foin et, à la tombée de la nuit, voilà quelqu'un
qui vient voir grand-père pour lui dire qu'il a besoin des gens pour
les amener en FranceEt mon grand-père lui avait dit que mon petit
fils veut partirBon, nous sommes rentrés du foin vers trois quatre
heures et nous sommes partis pour la France. "
L'impression dominante
qui se dégage des entretiens est que la décision de départ est tellement présente,
tellement intériorisée, que les départs peuvent être
improvisés à la dernière minute, parce que les villageois
y sont préparés. Mais partir, c'est savoir
s'orienter. L'orientation se fait , dans un premier temps , par les repères de
la circulation : les routes et les bornes kilométriques, les voitures
et leur numéro d'immatriculation, les gares et leurs plans explicatifs,
les couloirs aériens, les piliers de haute tension, tout fait signe.
Côté roumain, la nouvelle ordonnance n°65/28.08.1997 modifiée par la loi 216/98 essaie à son tour de ralentir la circulation des personnes non désirées à l'étranger et de décourager les candidats à la migration par les voies illégales. L'État roumain se réserve le droit d'enlèvement du passeport des personnes qui se sont trouvées dans une situation irrégulière pendant leur voyage à l'étranger ou qui ont mis en danger l'ordre public du pays d'accueil, la protection de la santé ou morale de ses citoyens, les droit et les libertés d'autres personnes. La durée d'enlèvement du passeport est de 3 à 9 mois, en fonction de la gravité des actes commis à l'étranger. Après 7 ans de va-et-vient à l'étranger, de contacts avec la société occidentale, ils finissent par savoir parfaitement comment elle fonctionne, et tentent de s'intégrer ou plutôt de s'y accoutumer tout en respectant ses valeurs. Les entretiens montrent que les frontières physiques sont, malgré les dispositifs installés aux points sensibles des passages clandestins, pénétrables. Les autorités françaises ou allemandes peuvent toujours les reconduire en avion, le pouvoir de Bucarest garder leur passeport, demain, les migrants d'Oas, seront de retour, car le " comment-faire " pour arriver en Occident est désormais inscrit dans leur culture de mobilité. S'ils n'échappent pas au contrôle aux frontières électroniques, ils peuvent encore franchir les frontières terrestres pour entrer ou pour sortir de l'espace occidental. Ainsi, ils vont rester " propres dans l'ordinateur" ! (cf. P, dans son entretien) Enfin, il existe aussi parmi les paysans d'Oas à la recherche d'une citoyenneté économique, une tendance qui s'inscrit dans le registre de la circulation des échanges économiques. Pour l'instant, modeste, elle est la préoccupation des acteurs avec les meilleurs contacts dans les réseaux actifs à l'étranger. |
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